Position de l’APDT sur la dominance

apdt_logo_full_print_copy_8063208_stdDans la série “dominance et hiérarchie“, nous vous proposons cette fois-ci un communiqué de l’APDT (The Association of Pet Dog Trainer), une association équivalente à la MFEC mais qui regroupe un nombre très important d’éducateurs canins, dont notre amie Danielle Godbout (voir cet article). Merci à Laurent Metzeler (Esprit de chien) pour la traduction de ce communiqué.

The Association of Pet Dog Trainers (Greenville, Caroline du Sud, USA) a publié le 20 octobre 2009 un long article intitulé Dominance et éducation des chiens, accompagné d’une position officielle, concernant les modèles théoriques de la dominance et de la hiérarchie inter-spécifique dans le cadre des relations homme-chien.

Dominance et éducation des chiens

Les utilisations du terme « dominance » et de la théorie de la meute/de la hiérarchie pour expliquer le comportement des chiens ont récemment fait l’objet de nombreuses recherches.

The Association of Pet Dog Trainers (l’Association des Éducateurs Canins) souhaite informer les propriétaires de chiens des conséquences qu’entraîne le fait de se baser sur ces modèles théoriques pour comprendre les chiens, interpréter leurs comportements et tenter de vivre de façon harmonieuse avec eux.

Contrairement aux croyances populaires, les études réalisées sur les loups dans leurs milieux naturels démontrent que ceux-ci ne sont pas dominés, au sein de leur meute, par un « loup Alpha » qui serait le mâle le plus agressif, pas plus que par un « couple Alpha ».

Ces études ont notamment prouvé que l’organisation sociale des meutes de loups est très similaire à celle des familles humaines, et que donc il y a très peu d’agressions ou de combats pour la « dominance ».

Les loups vivant en meute, que ce soient les adultes/parents ou les louveteaux, dépendent les uns des autres pour survivre au sein de leur biotope ; en conséquence ceux qui s’engageraient dans des comportements agressifs envers leurs congénères intra-meute réduiraient la capacité de la meute dans son ensemble à survivre et à se développer.

Alors que des hiérarchies sociales existent (comme pour les familles humaines), elles ne sont pas liées à l’agression, contrairement à ce qui est généralement décrit (incorrectement) dans la culture populaire.

Comme le très reconnu chercheur scientifique L. David Mech l’a récemment rédigé à la suite de ses nombreuses années d’étude des comportements des loups, « il est temps d’en finir une bonne fois pour toutes avec notre vision démodée de la meute de loups représentée comme un regroupement agressif d’individus se concurrençant mutuellement pour la position de dominant. » (Mech, 2008) – voir notre article à ce sujet.

En sus de cette nouvelle compréhension du comportement des loups, l’étude de celui des chiens a également permis de découvrir que ceux-ci, tout en partageant des points communs avec leurs cousins les loups, présentent cependant de nombreuses différences sociales significatives.

En conséquence, l’idée que le comportement canin soit expliqué par l’utilisation des modèles de comportement du loup n’est pas plus opportun que de suggérer que le comportement des chimpanzés peut être utilisé pour expliquer le comportement humain.

Malheureusement, l’idée que les chiens seraient de façon fondamentale des loups domestiqués vivant dans nos foyers persiste encore parmi les éducateurs canins et les comportementalistes, ainsi que chez nombre d’éleveurs et propriétaires de chiens, ainsi que dans les médias.

Une des plus grandes idées reçues que nous rencontrons est le modèle de la « dominance ». Les chiens sont souvent décrits comme étant dominants, ce qui est un usage incorrect du terme.

La dominance n’est pas un trait de personnalité. La dominance est tout d’abord « un terme descriptif des relations entre des couples d’individus » et en outre « l’utilisation de l’expression « chien dominant » n’a pas de sens dans la mesure où la « dominance » ne peut s’appliquer qu’à des relations entre des individus. » (Bradshaw et X, 2009).

La dominance entre en jeu dans une relation intra-spécifique, lorsqu’un individu veut se procurer avant les autres le meilleur des ressources disponibles, comme par exemple la nourriture, le couchage, les jouets, les os.

Cependant, même entre chiens ces comportements n’utilisent ni la force ni la coercition, mais bien la soumission volontaire de l’un des membres de la relation, celui-ci se soumettant à l’autre de façon paisible.

Dans beaucoup de foyers, le statut d’un chien par rapport à un autre est fluide. En d’autres termes un chien peut être le premier à attraper des jouets mais va également laisser à l’autre le choix du lieu de couchage par exemple.

Les chiens qui utilisent l’agression pour obtenir ce qu’ils veulent ne montrent pas de la dominance mais des comportements basés sur l’anxiété, ceux-ci ne faisant qu’augmenter lorsqu’ils sont confrontés à des menaces verbales ou physiques de leurs propriétaires.

Le fait de baser l’interaction propriétaire-chien sur la dominance est dangereux pour la relation interspécifique, entraîne un stress, une anxiété et une agression potentielle accrus du chien, ainsi que la peur et l’antipathie du propriétaire envers son animal.

Vivre avec les chiens : qu’est-ce qui est important ?

Quand il s’agit de vivre et/ou de travailler avec des chiens, le concept de dominance est largement inutile.

Cela sera peut-être surprenant pour de nombreux propriétaires de chiens.

La vérité est cependant que lorsqu’on travaille avec des chiens qui ont un problème comportemental et/ou d’éducation, l’objectif du professionnel canin doit être de favoriser une modification du comportement non désiré et donc de mettre en oeuvre un protocole de formation et/ou de thérapie comportemental adapté, afin de traiter le problème rencontré en première instance et avant toute autre action.

Ceci ne nécessite pas de comprendre la motivation du chien ni son état émotionnel, mais oblige à se concentrer sur ce que le chien fait (son comportement) et sur ce que nous voudrions qu’il fasse, tout en aidant le chien à comprendre comment réaliser les actions désirées, pour ensuite pouvoir le récompenser de les avoir accomplies.

Beaucoup trop souvent, les propriétaires de chiens ont été conseillés de manière à « montrer au chien qui est le chef » et à « être l’Alpha ». L’effet négatif de ce mode d’approche et de pensée est qu’il crée une relation défavorable, donc à long terme dommageable, entre le propriétaire et son chien, avec le sentiment persistant que ce dernier essaie à tout prix de contrôler le foyer et la vie de son maître.

Une telle idée fausse détériore la relation propriétaire-chien et peut conduire à des comportements de peur, d’anxiété ou d’agressivité de la part de l’animal. Les chiens ne parlent pas notre langage et peuvent se retrouver acculés dans nos foyers dans des situations qu’ils ont du mal à appréhender, par des maîtres essayant de se comporter comme, ils le croient à tort, les loups le font.

Plutôt que la « dominance », c’est plus un manque de communication interspécifique claire qui induit les comportements qui nous préoccupent.

C’est la responsabilité de l’homme d’apprendre aux chiens les comportements appropriés et de les récompenser lorsqu’ils réalisent les actions que nous attendons d’eux.

De façon tout aussi importante, c’est notre rôle de leur montrer quels comportements ne sont pas appropriés, de façon constructive et avec compassion, afin de ne pas surenchérir sur leur anxiété.

L’agression envers le chien (ou perçue comme telle) n’est pas, n’est jamais, la bonne méthode.

Des actions comme l’ « alpha roll » (retourner par la force et maintenir un chien sur le dos) ou le « scruff shake » (secouer un chien en le prenant par la peau du cou) n’ont aucun fondement quand il s’agit d’étudier le comportement du chien ou du loup ; elles conduisent uniquement à créer des peurs inutiles des chiens à notre égard, peurs qui peuvent conduire à des agressions, tout simplement parce qu’un chien qui a peur n’a pas d’autre moyen de se protéger que d’utiliser ses dents.

Nous devons à nos chiens de voir le monde selon leur point de vue afin de créer une relation plus harmonieuse avec eux.

Que nous regardions un chien ou un loup, des gestes tels qu’empoigner, forcer à exécuter un « down », grogner à sa face et autres comportements agressifs dirigés contre lui vont seulement conduire l’animal à développer une réponse « combat ou fuite » où l’animal craint pour son intégrité physique.

Dans de telles situations l’animal va soit se figer sur place de peur, soit s’éloigner de l’animal qui le menace (ici l’homme) s’il en a la possibilité, soit se battre pour se protéger.

Lorsque nous nous engageons dans de tels comportements/relations avec nos chiens, nous ne disons pas au chien que nous sommes le chef, nous leur prouvons que nous sommes des êtres dangereux qu’il faut éviter ou vaincre.

Il n’y a pas de « dominance » dans de tels scénarii ; seulement de la terreur et l’instinct de se défendre contre l’attaque.

Si la dominance n’est pas à employer, alors qu’utiliser ?

Fort heureusement, de nombreux éducateurs et comportementalistes professionnels utilisent désormais des concepts qui insistent sur la construction d’une relation saine, heureuse et attentionnée plutôt que sur la dominance.

Quelques éducateurs font référence au terme « leadership » (ou autres termes similaires) qui est moins négatif que « dominance » ou « Alpha ».

Ce que ces éducateurs ont en commun est un désir d’expliquer et de promouvoir des modes de vie en commun agréables, compassionnels et sans confrontation.

Ces approches éducatives ont pour objectif de renforcer le lien entre le propriétaire et son chien, ainsi que d’enseigner audit propriétaire des moyens plus efficaces de communiquer avec son animal.

Pour les chiens présentant des troubles, ces éducateurs utilisent des programmes tels que « rien dans la vie n’est gratuit », qui repose sur le principe que le chien doit faire quelque chose pour obtenir ce qu’il veut (par exemple s’asseoir pour obtenir à manger, marcher sur une laisse détachée pour avancer, etc.).

Ces programmes sont efficaces car le chien apprend des règles qui sont constamment renforcées, ainsi que ce qu’il a besoin de faire pour obtenir ce qu’il souhaite, par exemple de la nourriture, des caresses ou du jeu.

Les chiens n’ayant la possibilité de discours articulé, les problèmes comportementaux et d’anxiété apparaissent lorsqu’ils sont laissés à eux-mêmes pour décider comment vivre dans notre monde, sans conseils, soutien ni apprentissage appropriés.

Dans la société humaine elle-même, nous nous comportons mieux dans un monde « qui a du sens pour nous » et qui est clairement structuré.

Les mythes qui résonnent sur la théorie de la dominance tels que de ne pas autoriser le chien à coucher dans le lit, à manger le premier ou à passer une porte avant lui, n’ont aucune corrélation avec le fait que le chien va ou non rechercher la gouvernance de son maître.

Les règles spécifiques de la relation dépendent cependant du maître et sont basées sur ce qu’il veut au sein de son foyer. Les éducateurs formés et utilisant des méthodes bienveillantes vis-à-vis du chien doivent s’efforcer d’enseigner aux propriétaires comment conduire l’apprentissage et motiver de façon positive et douce leurs compagnons afin qu’ils se comportent d’une façon qui convienne au foyer, ainsi que la manière d’adapter ces règles à chaque individu.

Il n’existe pas de données scientifiquement validées qui permettent de confirmer la croyance que vous devez manger avant votre chien, l’éloigner de votre lit ou marcher devant lui ; les maîtres ne doivent pas être conduits à le croire et, ainsi, vivre dans un état permanent d’anxiété et de peur quant à une prise de contrôle éventuelle de leur chien sur eux et leur foyer.

En fait la grande majorité des chiens et des propriétaires ont de magnifiques relations, même si l’animal est autorisé à aller dormir sur le lit de son maître, manger avec lui et faire de nombreuses choses considérées de façon erronée comme de la « dominance ».

Afin d’illustrer quelques mythes sur la dominance, nous avons rédigé un document intitulé Les mythes sur la dominance et les réalités de l’éducation des chiens.

Conclusion

Quand vous aurez à faire le choix d’un éducateur canin ou d’un comportementaliste pour votre relation avec votre chien, vous devrez garder à l’esprit que les philosophies et les méthodologies sont très nombreuses et dissemblables.

L’APDT conseille d’interroger les éducateurs et/ou comportementalistes potentiels afin de connaître leurs principes et croyances concernant la « dominance », ainsi que leur position sur le fait d’utiliser ou non la force physique et l’intimidation pour éduquer un chien, que ce soit pour l’obéissance ou pour des problèmes comportementaux.

Un professionnel canin formé devrait être familiarisé avec les derniers concepts scientifiques du comportement canin et être prêt à discuter de ses méthodes avec vous.

The Association of Pet Dog Trainers 150 Executive Center Drive, Box 35, Greenville, SC 29615, USA

Traduit par Laurent Meltzer, Cynologiste®, Esprit de Chien.

2 Comments

  1. “Ceci ne nécessite pas de comprendre la motivation du chien ni son état émotionnel, mais oblige à se concentrer sur ce que le chien fait (son comportement) et sur ce que nous voudrions qu’il fasse”… et si une modification de l’environnement amène à un changement d’état mental qui lui même amène à la disparition du comportement non souhaité ??
    Et si c’est l’état émotionnel du chien qui justement rend impossible les apprentissages ou le changement de comportement ??

    1. Je n’ai pas vraiment compris le sens de ce passage… Il faut effectivement prendre en compte l’état émotionnel du chien et son environnement pour cerner un éventuel problème comportemental. Merci pour le commentaire. J’en ai profité pour réparer un lien.

Comments are closed.

Copyright © 2013 Ad Canes