Les chiens utilisent les humains

7b61f295Les chiens utilisent les humains comme un outil, contrairement aux loups.

Quelque part entre 15 000 et 30 000 ans, probablement au Moyen-Orient, un long, très long processus de domestication a commencé à modifier le code génétique du loup, pour finalement nous laisser les animaux que nous connaissons et aimons comme nos chiens domestiques. Bien qu’il existe plusieurs théories quant à savoir exactement comment la domestication du chien a commencé, ce qui est clair c’est qu’il existait des loups moins peureux envers les humains que d’autres. Au fil du temps, ces loups se sont insérés dans les premiers camps humains. Peut être que les humains et les primo chiens ont appris à coopérer pour chasser, ou peut être qu’à ses débuts les chiens ont appris qu’ils pouvaient éviter de chasser en récupérant les restes de chasse des Humains. Quel que soit le motif initial de l’insertion des loups dans la société humaine, ils restent leurs descendants.

En partageant son environnement avec les humains, les chiens ont laissé derrière eux leur environnement ancestral pour y trouver une nouvelle place. Ils n’auraient plus à chasser pour manger, les humains s’occuperait de l’entretien et de l’alimentation. Ce n’est probablement pas un hasard si la relation entre les chiens et leur propriétaire reflète la relation d’attachement qu’on retrouve entre les parents et leur enfant, que ce soit comportemental et physiologique. En effet, les hommes qui ont des liens étroits avec leurs chiens ont des niveaux plus élevés d’ocytocine dans leur urine que ceux qui ont des liens plus faibles.

Mais ce n’est pas uniquement la source de nourriture qui a changé quand les loups sont devenus des chiens, toute leur écologie sociale aussi. Au lieu de partager l’espace social principalement avec d’autres loups, les chiens devraient définir les humains comme des partenaires sociaux. C’est l’une des différences essentielles entre l’animal domestique et l’animal sauvage qui est simplement habitué à la présence des humains. La domestication est un processus génétique, l’habituation en est la première expérience.

Il y a plusieurs années, les scientifiques de l’Université Eotvos de Budapest ont voulu déterminer si les différences socio-cognitives chez les chiens et les loups sont principalement génétiques ou expérimentales. Pour ce faire ils ont élevé à la main un groupe de chiots et un groupe de louveteaux dès la naissance, ce qui a entraîné des expériences à peu près équivalentes. Les différences entre les compétences socio-cognitives des deux groupes seraient alors attribuable à la seule génétique.

Les louveteaux et les chiots ont été élevés par des humains à partir du quatrième et sixième jour après leur naissance, avant que leurs yeux aient été totalement ouvert. Pendant les premiers mois de leur vie, les louveteaux et les chiots étaient en contact étroit avec leurs parents adoptifs humains près de 24 heures par jour. Ils vivaient dans la maison de leurs soigneurs et dormaient avec eux pendant la nuit. Ils étaient nourris au biberon, et à compter de la quatrième ou cinquième semaine de vie ils étaient nourris à la main avec de la nourriture solide. Leurs soigneurs humains les ont transporté dans un sac de sorte que les louveteaux comme les chiots puissent participer à autant de leurs activités quotidiennes que possible : voyager dans les transports publics, assister à des cours, visiter des amis, etc… Chacun des chiots avait une vaste expérience des rencontres avec les humains qu’ils ne connaissaient pas, et au moins deux fois par semaine ils ont été socialisés les uns avec les autres et avec des chiens adultes inconnus. Le principe directeur du paradigme de l’élevage à la main, selon les chercheurs, étaient basés non pas sur la concurrence ou les interactions agressives, mais « se comporter plutôt comme une mère que comme un congénère dominant ».

Pensez-vous que les loups, après avoir été élevé par des humains démontreraient des compétences socio-cognitives qui approcheraient de la sophistication des chiens ? Ou est ce que les aptitudes socio-cognitives sont codés dans les gènes des chiens, et serait donc une conséquence directe de la domestication ?

De façon simple, une assiette de nourriture a été présentée aux louveteaux (de 9 semaines) ou aux chiots (de 5 semaine à 9 semaines). Cependant la nourriture était inaccessible aux animaux, l’aide d’un humain était nécessaire pour y accéder. L’astuce pour obtenir la nourriture était simple : tous ce que les animaux devaient faire été d’avoir un contact visuel avec l’expérimentateur, et il ou elle était récompensé par la nourriture contenue dans l’assiette. Initialement, tous les animaux ont tenté en vain d’atteindre la nourriture. Cependant, à la deuxième minute du test, les chiens ont commencé à se tourner vers les humains. Cela a augmenté au fil du temps et à la quatrième minute il y avait une réelle différence statistique. Les chiens étaient plus susceptible d’initier un contact visuel avec l’expérimentateur humain que les loups. Ce n’est pas un mince exploit, car établir un contact visuel avec l’expérimentateur exige que l’animal recentre son attention de la nourriture à l’homme. Non seulement les louveteaux n’ont pas spontanément effectué de contact visuel avec l’expérimentateur humain, mais ils n’ont pas réussi à comprendre que le contact visuel était la clé pour résoudre leur problème.

dog-wolf-eye-contact-e1335760979508

Une deuxième expérience, menée lorsque les loups et les chiots étaient âgés de quatre et onze mois, a trouvé des résultats similaires. Chaque animal a été présenté, dans différentes séances d’essais, avec deux types d’exercices. Tout d’abord, chacun des loups et des chiens a été formé pour récupérer une récompense en nourriture en ouvrant un bac (premier exercice) ou en tirant une corde (dans le second exercice). Puis, après avoir maîtrisé ces exercices, ils ont été présentés avec une version impossible de ces mêmes problèmes. Après avoir tenté de récupérer la nourriture, les chiens ont regardé en arrière vers les soigneurs humains. Les loups n’ont rien fait de tel. Les chiens ont initié assez tôt une interaction communicative avec les humains et l’ont maintenu pendant une longue période de temps, pendant que les loups élevés par les humains ne tenaient pas compte des soignants.

wolf-dog-impossible-task

Les chiens et les loups étaient tout aussi aptes à apprendre les deux exercices, précisant qu’il n’y avait pas de différence entre les groupes en terme de motivation ou de capacités physiques, mais de grandes divergences sont apparues lorsqu’il était proposé un problème impossible à résoudre. Dans les deux exercices impossibles, ainsi que dans l’expérience de contact visuel précédent, les chiens ont instinctivement porté leur attention loin de la nourriture et en direction des humains. Malgré le fait qu’ils avaient été complètement socialisés, les loups traitaient chacune des situations comme des problèmes physiques plutôt que des interactions sociales. Ce n’est que rarement qu’ils ont tenté d’initier une interaction communicative avec un humain pour résoudre un problème. Ce n’est pas que les loups soient moins intelligent, bien au contraire. Les loups sont chassent en coopération et sont d’habiles négociateurs au sein de leurs propres réseaux sociaux. C’est juste que, même après avoir été élevé par des humains, les loups ne voient tout simplement pas l’homme en tant que des potentiels partenaires sociaux. Les chiens, cependant, ont rapidement adopté l’approche sociale à la résolution de chaque problème qu’il leur a été proposé. Dans un sens, c’est un exemple remarquable de l’utilisation de l’outil. Seulement dans ce cas, les humains étaient les outils, et les chiens les utilisateurs.

Sources :

Gácsi M, Gyori B, Miklósi A, Virányi Z, Kubinyi E, Topál J, & Csányi V (2005). Species-specific differences and similarities in the behavior of hand-raised dog and wolf pups in social situations with humans. Developmental psychobiology, 47 (2), 111-22 PMID: 16136572

Miklósi A, Kubinyi E, Topál J, Gácsi M, Virányi Z, & Csányi V (2003). A simple reason for a big difference: wolves do not look back at humans, but dogs do. Current biology : CB, 13 (9), 763-6 PMID: 12725735

http://blogs.scientificamerican.com

Copyright © 2013 Ad Canes