L’agressivité alimentaire en refuge

agressnourrLes refuges peuvent effectuer ce qu’ils décrivent comme des évaluations comportementales des chiens qu’ils reçoivent afin de savoir s’ils démontrent d’éventuels comportements problématiques avant de les placer dans leur nouveau foyer. Parmi les comportements évalués il y a celui de l'”agression alimentaire”. Les comportements décrits dans ce terme sont de grogner, montrer les crocs, s’élancer, claquer des dents ou mordre, quand une personne tente d’interagir avec le chien pendant qu’il mange ou d’interférer avec sa nourriture.

Quelle que soit la gamme de comportements choisie par le refuge pour qualifier l’agressivité alimentaire, les conséquences pour le chien ainsi catégorisé sont sérieuses. Une enquête sur les refuges américains a indiqué que l’agression alimentaire était la raison la plus courante pour qualifier un chien d’inadoptable. Seulement un tiers des refuges interrogés a tenté de modifier les comportements d’agressivité alimentaire afin d’essayer de placer le chien à l’adoption. Plus de la moitié ont déclaré qu’ils n’avaient fait aucune tentative de placement pour un chien qui a montré l’un de ces comportements. [1]

Les croyances derrière ces décisions de vie ou de mort sont : 1) que les comportements d’agressivité alimentaire dans l’environnement d’un refuge peuvent se reproduire chez la famille adoptive, et 2) que les adoptants ne seront pas aptes à garder des chien qui démontrent ces comportements.

Ces deux croyances sont fausses, selon deux études publiées récemment et qui ont été menées en utilisant des évaluations standardisées. [2]

Une étude conduite entre 2004 et 2006 dans le Wisconsin a suivi 96 chiens décrits comme “agressifs alimentaires” placés dans des foyers d’adoption [3], en fournissant aux adoptants un protocole pour les aider à modifier ce comportement. [1] Que les adoptants aient suivi ou pas le protocole recommandé, et beaucoup ne l’ont pas fait, l’hypothèse que le comportement pourrait se reproduire dans leur nouveau foyer s’est révélée fausse. Le comportement de garde alimentaire observé au refuge a disparu à la maison. En trois jours, la majorité des adoptants ont indiqué qu’ils pouvaient prendre la gamelle pendant que le chien mangeait. A la fin des trois mois, les adoptants n’ont signalé aucun cas de comportement de garde, à l’exception d’un chien impliquant du cuir brut.

Une deuxième étude, publiée dans la revue Applied Animal Behaviour Science (AABS), a été menée au Centre pour chien for Shelter Dogs (CSD), par un programme de la Animal Rescue League of Boston (ARL), sous la direction du directeur du CSD Amy Marder, VMD, CAAB. [4] [5] Les chiens admis à l’ARL sont évalués en utilisant la batterie de tests “CSD’s Match-Up II Shelter Dog Rehoming Program” (ouf…).

Le Dr Marder et ses collaborateurs du CSD ont interrogé des propriétaires qui ont eu leurs chiens depuis au moins trois mois. Ils ont voulu savoir si la mesure d’agression alimentaire (FA+) qui avait été détectée lors d’une évaluation du refuge a été rapportée plus tard par un adoptant, ou si les chiens qui avaient été testés non agressifs alimentaires (FA-) à l’ARL ont montré un comportement d’agressivité alimentaire suite à l’adoption. Pour ce faire, ils n’ont pas limité leur étude aux propriétaires de chiens qui avaient été testés FA+. Ils ont identifié un échantillon de chiens qui avaient été adoptés et dont certains avaient été classés FA+ selon le Match-Up II alors que d’autres ne l’étaient pas (FA-). Ont-ils découvert que le FA+ détecté en refuge resterait bien FA+ dans sa nouvelle maison ? L’évaluation d’un FA- au refuge n’assure pas que le chien ne deviendrait pas FA+ suite à l’adoption ?

Aucune question n’a pu avoir comme réponse un simple “oui” ou “non”. 55% des chiens FA+ adoptés ont été signalés comme FA+ à la maison par leurs adoptants, et non pas 100%. Cela a laissé près de la moitié des chiens qui avaient été testés FA+ au refuge et qui n’ont pas, selon leurs propriétaires, manifesté ce comportement à la maison. Dans un nouvel environnement le comportement d’agression alimentaire avait disparu.

78% des chiens présentés comme FA- à l’ARL ont été signalés par leurs propriétaires comme FA- dans leur maison. Par contre 22% des chiens qui n’ont pas montré de comportements d’agression alimentaire à l’ARL l’ont ensuite démontré suite à l’adoption…

Les études s’accordent à dire que, contrairement aux croyances communes dans les refuges, le comportement d’agressivité alimentaire n’est pas un obstacle pour les propriétaires qui construisent des liens solides avec leurs chiens. L’étude du Wisconsin a rapporté qu’un faible pourcentage de chiens FA+ sont revenus au refuge en étant FA-. Le Dr Marder et son groupe ont écrit que quasiment tous les adoptants qui ont répondu à leur sondage, qu’ils aient oui ou non adoptés un chien FA+, ne considéraient pas ça comme un défi pour garder un chien comme animal de compagnie. La plupart des sondés de M. Marder, peu importe si leur chien avaient été considéré comme FA+, ont indiqué qu’ils adopteraient à nouveau le même chien.

La détection de FA+ via une évaluation comportementale doit être interprétée avec prudence“, le Dr Marder et ses collègues ont précisé “malgré une conclusion positive dans l’évaluation du refuge cela n’indique pas toujours que le comportement va se reproduire à la maison ou que le chien n’est pas adoptable”. Après tout, l’aptitude à l’adoption se trouve dans les yeux de l’adoptant.

Les évaluations en refuge peuvent nous en dire autant sur le chien que sur l’effet du refuge sur lui. Les refuges sont des environnements exotiques et bruyants, remplis d’odeurs étranges, avec des gens inconnus et des chiens qu’ils peuvent entendre mais pas voir. Nous ne devrions pas être surpris de constater que certains chiens peuvent protéger le peu de ressources qui les maintiennent en vie dans ces circonstances. Le Dr Marder a cité un certain nombre de rapports indiquant que les chiens pouvaient se comporter différemment lorsqu’ils sont confinés dans un refuge, avec son lot de facteurs de stress que le chien ne peut pas contrôler, à que ce qu’ils seront dans un environnement sûr et prévisible, sous la protection d’une maison et pris en charge par des personnes avec lesquelles ils sont en mesure de nouer des liens positifs. [6]

Les hypothèses selon lesquelles le comportement futur des chiens décrit comme agressif alimentaire dans un refuge, ainsi que sur l’inadéquation de ces chiens pour l’adoption, ne sont pas fondées.

Plutôt que de s’appuyer sur des hypothèses bancales, les refuges devraient faire confiance à la compassion, l’esprit critique et le sens commun. “Chaque chien doit être considéré comme un individu“, nous rappellent le Dr Marder et ses collègues du CSD, “et tous les facteurs liés aux comportements et à la relation aux propriétaires doivent être pris en considération avant la décision de l’adoption.

 

NOTES :

[1] Mohan-Gibbons, H, Weiss, E., & Slater, M. (2012). Preliminary Investigation of Food Guarding Behavior in Shelter Dogs in the United States. Animals, 2(3), 331-346.

[2] It should be noted that both studies excluded dogs they considered to be extremely dangerous, although this was defined differently by each study.

[3] Food bowl guarding in this study was determined using the ASPCA’s Safety Assessment For Evaluating Rehoming (SAFER) assessment.

[4] Marder, A.R., Shabelanksy, A., Patronek, G.J., Dowling-Guyer, S., & D’Arpino, S.S. (2013). Food-related aggression in shelter dogs: A comparison of behavior identified by a behavior evaluation in the shelter and owner reports after adoption. Applied Animal Behaviour Science. Advance online publication. doi: 10.1016/j.applanim.2013.07.007

[5] Dr. Marder is an Advisor to the National Canine Research Council.

[6] For a discussion of the effect of confinement stressors on animals other than dogs, see: Morgan, K. N, & Tromborg, C.T. (2007). Sources of stress of captivity. Applied Animal Behavior Science,102, 262-302

Source : http://www.nationalcanineresearchcouncil.com/blog/

2 Comments

  1. Je suis d”acord avec vous si la famille d”acueille est competante au plaisir

  2. Encore un article très bien écrit et juste ! Merci !

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