In Defence of Dogs par John Bradshaw

bradshawLe Professeur John Bradshaw mène une révolution dans l’étude du comportement canin. Il affirme que “les chiens ne veulent pas contrôler les gens, ils veulent
simplement contrôler leur propre vie.”

Le Professeur John Bradshaw, comme si c’était une nouvelle manière de saluer un étranger, tend son poing fermé vers Lily et s’approche d’elle doucement. Il lui offre une chance de bien le renifler. Mais avant toute chose, il faut préciser que Bradshaw n’est pas un éducateur canin. Il n’est pas venu chez moi dans le but de rééduquer Lily. C’est un scientifique, fondateur et directeur de l’Institut d’Anthropologie appliquée à la zoologie à l’Université de Bristol, qui a passé les 25 dernières années à étudier le chien domestique. Il vient tout juste de terminer d’écrire son livre, «In Defence of the Dog», déjà sur la liste des best-sellers aux États-Unis et en passe de devenir un indispensable pour tous les amoureux des chiens. Bradshaw ne s’intéresse pas aux ouï-dires, il ne porte pas de jugement. Il est tolérant, calme, aimable et il ne s’intéresse qu’aux faits scientifiques. Son livre est une révélation, une révision totale de la façon dont nous comprenons nos chiens, un contre courant des méthodes traditionnelles.

Le premier préjugé à combattre est si présent et enraciné que certains maîtres vont devoir se faire violence pour changer leur façon de penser. On l’entend à tout va de la bouche d’éducateurs tel que Cesar Millan : parce que les chiens descendent du loup (leurs ADN sont presque identiques), ils agissent comme eux et peuvent être vus comme des animaux de « meute », l’idée reçue étant que les chiens cherchent à nous « dominer » et que notre tache est de nous comporter comme des chefs de meute, mâles ou femelle alpha, et de ne pas autoriser les chiens à prendre le dessus. (Je me souviens être assise au fond lors d’une classe pour chiots avec Lily en train de pleurer alors que le professeur parlait. Je me suis fait taper sur les doigts et on m’a dit qu’elle montrait là des signes de « dominance. ») Bradshaw n’est pas brouillé avec la génétique. Son argument est que les scientifiques n’étudient pas les bons loups et en tirent donc les mauvaises conclusions. Il déclare : « Les gens étudient les loups du Canada parce que le loup européen est quasiment une espèce disparue. Or, le loup du Canada n’a rien à voir, de près ou de loin, avec l’ancêtre du chien domestique. »

L’hypothèse de Bradshaw repose sur le fait que les chiens domestiques sont les descendants d’un genre de loups plus sociables, mais que « quelque soit l’ancêtre du chien aujourd’hui, il n’existe plus. » Les loups encore en vie aujourd’hui sont des spécimens peu fiables, comme des diamants rugueux, qui ont été capable de « survivre à l’assaut que nous leur avons mené. » Et c’est là que le bat blesse : une nouvelle étude, sur des chiens vivant dans des villages indiens, montre que les chiens « ne s’établissent pas en meute de loups. Ils ne s’organisent pas de la même manière qu’eux le font. » Les chiens ne cherchent pas, en d’autres termes, à dominer au sein du foyer. Bradshaw pense que notre relation avec les chiens a été lamentablement déformée. Il écrit : « L’idée la plus répandue et la plus pernicieuse dans les techniques d’éducation modernes est que le chien est poussé à établir une hiérarchie de dominance où qu’il se trouve. » Il explique que les chiens apparemment dominants sont souvent « anxieux » plus qu’« ambitieux ». Il ajoute : « Ils ne veulent pas contrôler les gens, ils veulent simplement contrôler leur propre vie. C’est notre but à tous, garder le contrôle de nos vies. C’est un besoin biologique fondamental. »

Mais Bradshaw n’est pas en train de dire qu’il faut relâcher nos efforts en ce qui concerne l’éducation de nos chiens (ce sont les techniques les plus brutales qu’il veut bannir). Mais je me demande comment Cesar Millan et ses partisans répondront à ces découvertes. Millan, l’international Américain « qui murmure à l’oreille des chiens »fait carrière à la télévision en expliquant la psychologie canine via ce qu”il sait des loups. Bradshaw déclare : « Je ne veux pas diaboliser Millan, il subit beaucoup de pression. » Lors d’une récente tournée à travers le Royaume-Uni, on a dit de Millan que ses méthodes étaient proches des directives de la DEFRA (Department for Environment, Food and Rural Affairs) qui bannissent les pratiques coercitives. « C’est un gars intelligent et il a su saisir l’opportunité quand elle s’est présentée. Maintenant, il se tourne vers des méthodes basées sur la récompense. Tous les trucs qu’il a débité à propos des loups n’étaient pas basés sur la science. » Comme le fait remarquer Bradshaw, il y a, à côté, plus d’ éducateurs extrêmement violents, comme le très influent Monks de New Skete aux États- Unis qui « prétendent être les personnes les plus gentilles au monde » mais basent leurs fausses méthodes punitives sur la biologie des loups : ils forcent les maîtres à secouer leurs chiens « parce que c’est ce que font les louves à leurs petits. »

Bradshaw préfère une éducation interactive, basée sur un système de récompense. Des études récentes ont montré que les chiens apprennent pour « faire plaisir à leur maître ». C’est génial d’entendre ça : il nous fait nous sentir très fier d’être maître (et c’est un soulagement que de laisser tomber tous les préjugés d’une soi-disant lutte pour dominer).

in-defence-of-dogs-007

Bradshaw s’est intéressé aux chiens, tout d’abord pour sa passion pour la “science de l’odorat. J’ai auparavant étudié les fourmis, les guêpes, les mites … et puis je me suis dit : pourquoi ne pas élargir mon champ d’étude?” A ses débuts dans ce milieu, il y a 25 ans de ça, il faisait partie d’une infime minorité. Maintenant, la science des chiens est une « industrie énorme, avec 200 à 300 employés à travers le monde. » Les raisons à cela sont le séquençage du génome canin, l’augmentation des études sur les animaux, le nombre grandissant de vétérinaires qui veulent se spécialiser dans le comportement canin et le fait que les primatologues sont lassés d’étudier les chimpanzés. Mais Bradshaw explique que la raison la plus surprenante, c’est que depuis le 11 septembre, il y a de plus en plus de chiens renifleurs. Les chiens sont maintenant dressés non seulement pour la détection de stupéfiants, mais également pour aider les personnes épileptiques (ils sont capable de les alerter quand ils sont sur le point de faire une crise) et pour détecter tout un tas de choses, allant des punaises de lit aux ailerons de requin, et même certains cas de cancer. Dans son livre, Bradshaw a suivi avec brio le travail des chiens renifleurs (ce fut surprenant d’apprendre qu’alors que les chiens adorent renifler les autres chiens, « eux mêmes n’aiment pas trop qu’on les renifle. »). Il veut à tout prix que nous détections les «façons» qu’ont nos chiens de flairer et de bien y porter attention. Et son idée qui promeut le droit du chien à être un chien est attrayante. Mais j’avais espéré qu’il puisse avoir une solution pour les chiens dont le sens de l’odorat dégénère : Lily, à chaque fois qu’il y a un rôti dans le four, est envahie par la gourmandise et le désir, et se met à aboyer . A ce sujet, sa seule réponse est : « Ignorez la. » (Je le soupçonne d’être de son côté.)

Pour toutes les personnes qui s’intéressent aux émotions des chiens, In Defence of Dogs, propose aussi une éducation, certes surprenante, mais affective. Le premier point surprenant est le suivant : les chiens ne peuvent pas se sentir coupable. Donc le regard de Lily quand nous la retrouvons couchée sur le canapé alors qu’elle n’y pas autorisée (les yeux larmoyant, le regard un peu fuyant) n’exprime pas de la culpabilité ? Bradshaw explique qu’elle peut associer le fait que se prélasser sur le canapé conduit à une réprobation de la part de son maître, mais ce n’est pas la même chose que se sentir coupable. Les chiens n’ont pas la capacité mentale pour faire la différence entre le bien et le mal. Le moins surprenant, c’est l’idée de Bradshaw selon laquelle les chien peuvent ressentir de la jalousie (quand je fais un câlin à mon mari, Lily veut toujours y prendre part). Mais la jalousie des chiens n’est pas dévorante, Othello précise : « Ils peuvent être jaloux à un moment donné, mais ne vont pas en faire une obsession ou fouiller sur Facebook à la recherche de preuves. »

La revendication la plus surprenante, et la plus gratifiante, de Bradshaw est que les chiens sont plus intéressés par les gens que par les autres chiens. Ce n’est pas un voeu pieux et cucul la praline mais le résultat d’une étude sur « la co-évolution, deux espèces évoluant l’une aux côtés de l’autre. » Nous oublions que le jeu entre les espèces, qui plaît autant aux chiens qu’aux humains, est très rare. Le sentiment familial que les loups éprouvaient a été transféré aux chiens par « un intense besoin d’interaction avec les humains. » Bradshaw déclare qu’à partir du moment où les chiots ouvrent les paupières, ils commencent à interagir avec les gens « de manière totalement spontanée et aussi fort qu’ils le peuvent. » Il écrit à propos de l’amour (la science est plus sobre et appelle cela de « l’attachement ») mais à la question : est-ce que votre chien vous aime ?, il répond «Bien sûr que oui ! » L’hormone positive, l’ocytocine, est déclenchée par le sentiment amoureux : « Les chiens ont une montée d’ocytocine pendant leurs interactions avec les humains. » Et il explique que « les chiens sont réellement en manque de leurs maîtres lorsqu’ils sont séparés d’eux. » Sur environ 8 millions de chiens au Royaume-Uni, on pense que plus d’un million et demi souffrent d’anxiété de séparation. C’est sur ce sujet que Bradshaw porte beaucoup de ses recherches (il explique d’ailleurs très bien et très simplement comment apprendre à un chien à ne pas être anxieux lorsqu’il est séparé de son maître).

Bradshaw est déterminé à tourner la phrase « Quelle vie de chien ! » en quelque chose de positif. Dans son livre, on y parle du futur, et selon lui, il devient urgent de revoir l’élevage des chiens de race si on veut que les chiens aient un bel avenir. On y parle aussi du passé, et des chiens qui ont marqué sa vie : Ginger (un cairn terrier appartenant à son grand-père), Alexis (un croisé labrador/Jack Russel, un « vagabond »), Ivan (un croisé labrador/Airedale, «le chasseur d’écureuil »), Bruno (un Labrador pure race, « pas si brillant que ça, mais il nous aimait tellement … il ne savait pas comment rapporter »). Et il parle aussi de son chien, son Labrador, Murphy, un chien de terrain. Il explique aussi à quel point les chiens sont bons pour lire notre langage corporel et il met un point d’honneur à ce qu’ils les lisent correctement (il étudie de très près les changements de position de la queue et des oreilles). Je lui ai posé une question par rapport au titre : estce que les chiens ont vraiment besoin d’être défendus ? « Ils ont besoin d’être défendus des gens qui persistent à utiliser des méthodes ancestrales et qui se fichent de la science. »

Avant qu’il ne parte, Bradshaw et moi jouons à “tire-tire” avec Lily (vous devez posséder un chien pour comprendre à quel point c’est un jeu fantastique), jeu dans lequel elle est toujours autorisé à gagner. Elle saccage un canard en plastique et détruit une corde. En ce qui la concerne, c’est un après-midi fabuleux et victorieux. Voici où en sont les recherches de Bradshaw à propos du « tire-tire » : « Les chiens peuvent gagner à tiretire encore et encore, tout naturellement, cela les amène à être plus enclin à jouer avec vous plutôt que s’ils perdent à chaque fois. Il n’y a eu aucune preuve qui montre que les chiens deviennent « dominants » à la suite de leur victoire. »

Il ne fait maintenant aucun doute que le Professeur John Bradshaw est le meilleur ami des chiens. En voilà de bonnes nouvelles pour les maîtres !

Article de Kate Kelleway, The Observer, Dimanche 17 Juillet 2011 (voir ici),
traduit de l’anglais par Marjorie PISANI

Copyright © 2013 Ad Canes