Caudectomie et communication canine

boxerqueueLors d’une journée de formation j’ai eu un petit échange difficile à propos de la caudectomie, la coupe de la queue chez le chien. D’après la formatrice (JB pour ne pas la nommer), la queue du chien ne sert pas ou peu dans la communication canine, alors que je pense exactement l’inverse. Déjà parce qu’une étude publiée dans Current Biology en 2013 suggère que les chiens arrivent à interpréter l’état émotionnel de leurs congénères via les mouvements de leur queue.

Futura-Sciences : “Différents chiens ont participé à l’expérience. Ils devaient regarder un court film dans lequel on pouvait voir la silhouette d’un chien anonyme dans trois situations : soit sa queue était immobile (cas contrôle), soit elle bougeait surtout vers la droite, soit elle battait majoritairement vers la gauche. La réaction physiologique et comportementale des cobayes canins était évaluée.

Lorsque l’animal à l’écran manifestait de l’anxiété en remuant sa queue du côté gauche, le chien testé voyait son rythme cardiaque accélérer et manifestait davantage de stress. À l’inverse, il paraissait détendu à la vision d’une queue principalement orientée à droite. Les canidés savent donc interpréter les émotions de leurs congénères.

Suite à un commentaire à propos de son article ” Que signifie la queue d’un chien qui remue ? “, Stanley Coren a approfondi le sujet en faisant ses propres observations et en reprenant une étude suggérant l’importance de la queue dans la communication canine.

Pour tenter d’en savoir un peu plus, Stanley Coren a donc fait sa propre expérience dont les données ont été publiées dans son livre “Comment parler chien“. Dans cette étude, son équipe a observé les interactions entre des chiens sans laisse évoluant dans un parc fermé. 431 rencontres entre les chiens ont été recensées. La plupart d’entre elles (382 ou 88%)  incluaient des comportements de salutation typiques des chiens, souvent suivis par des comportements de jeu, y compris des jeux de chasse habituels. Les 49 rencontres restantes contenaient au moins un élément agressif de la part d’un ou de plusieurs chiens concernés. Ces éléments pouvaient être un simple grognement ou un regard fixe, mais aussi une agression physique, jusqu’à la morsure profonde. Les chiens concernés ont été classés selon le fait qu’ils avaient une queue ou non (queue coupée). Pour être classé comme “chien sans queue”, la queue devait avoir une taille d’environ 15 cm ou moins. La proportion de chiens avec une queue était plus élevée (76%) que celle des chiens considérés comme sans queue (24%). Cependant, en observant les chiens impliqués dans les incidents d’agressivité, 26 (ou 53%) de ces affrontements impliquaient des chiens sans queue. Sur la seule base du nombre de chiens avec et sans queue, seulement 12 incidents d’agressivité (24%) auraient du impliquer des chiens sans queue. Le nombre supplémentaire d’incidents impliquant des chiens sans queue est statistiquement très significatif. Ainsi les résultats montrent que les chiens à queue courte ou absente sont deux fois plus susceptibles d’avoir des interactions agressives que les chiens avec une queue plus longue, et donc plus visible. On ne peut pas s’empêcher de se demander si l’augmentation des rencontres agressives concernant les chiens à queue courte ou absente pourrait démontrer une certaine ambiguïté, ou l’absence de signaux appropriés visibles, qui aurait pu indiquer un rapport social ou une attitude hostile de la part des chiens à queue coupée et ainsi éviter un éventuel conflit.

Bien sûr on pourrait penser que cette étude est biaisée parce que beaucoup de chiens à queue coupée sont surtout des chiens de travail ou de protection tels que le Rottweiler, Doberman ou le Boxer, on peut donc s’attendre à avoir une personnalité plus énergique et insistante qui pourrait amener à une confrontation. Cela a conduit les chercheurs en biologie Steven Leaver et Tom Reimchen de l’Université de Victoria en Colombie- Britannique à tenter une autre approche qui a été publiée dans la revue scientifique “Behaviour“. Ils ont donc construit un chien robot haut de 50 cm au garrot, bourré de coton et recouvert d’une fourrure synthétique noire, qui ressemblait beaucoup à un Labrador. Il pouvait être équipé d’une longue queue de 30 cm ou d’une queue courte de moins de 10 cm, les mouvements de cette queue pouvait être contrôlés à distance.

chienrobot

Ils ont d’abord placé le chien-robot avec la longue queue dans une aire d’exercice. Ils ont constaté que lorsque la queue du chien-robot s’agitait, le chien (bien vivant lui) l’abordait d’une façon apparente ludique, mais quand sa queue restait droite et immobile, les autres chiens l’évitaient. C’est exactement ce que nous aurions pu observer si les chiens avaient lu les signaux de queue d’un vrai chien. Les chercheurs ont ensuite remplacé la longue queue par la queue courte. A partir de ce moment là les autres chiens s’approchaient prudemment tout en restant sur la défensive, indépendamment du fait que la queue remuait ou pas. L’impression que les chercheurs ont eu, c’est que les autres chiens agissaient comme s’ils ne pouvaient se faire une idée précise sur la façon dont le chien robot recevrait leur approche, dans un cadre convivial ou de manière hostile.

Evidemment, un vrai chien avec une queue coupée pourrait utiliser certaines stratégies impliquant d’autres aspects de leur langage corporel pour compenser les problèmes liés à une queue manquante. Cependant, cette étude montre que les chiens à queue coupée sont désavantagés lors d’interactions avec leurs congénères et que cela peut les mettre en danger en raison d’éventuels malentendus de la part des autres chiens. Ces cas de communications bridées peuvent à leur tour conduire à des rencontres agressives. Les mouvements de la queue et son positionnement sont des canaux de communication vitaux entre chiens et peut être que nous, humains, devrions réfléchir à deux fois avant de couper la queue de nos compagnons et de les priver ainsi de ses avantages, surtout si la caudectomie est effectuée uniquement pour une question de mode ou de style !

Sources :

http://www.psychologytoday.com/…/versus-short-tails-and-canine-communication

http://www.cell.com/current-biology/abstract/S0960-9822%2813%2901143-3

http://www.futura-sciences.com/…/remue-queue-regardez-cote-50001/

http://www.isfoundation.com/…/du-battement-de-queue-chez-le-chien

8 Comments

  1. Quelqu’un qui dit que la queue chez le chien, pour ne parler que de cet animal, ne sert à rien n’a pas observé son chien et même pas du tout. Ils communiquent avec une grande parties de leur corps, ils ne parlent pas comme nous le faisons, mais se comprennent sans problèmes.

  2. De même que l’essorillage chez le beauceron était une aberration. Depuis que j’ai des beaucerons oreilles longues c’est un bonheur de voir leurs émotions à travers le langage de leurs oreilles et quel bonheur de caresser ces oreilles toutes douces.

  3. “Bien sûr on pourrait penser que cette étude est biaisée parce que beaucoup de chiens à queue coupée sont surtout des chiens de travail ou de protection tels que le Rottweiler, Doberman ou le Boxer”
    l’étude menée sur les chiens dans les parcs me semble plus que discutable sur le plan scientifique : elle ne tient pas compte du sexe des animaux, de leur stérilisation/castration, de leur “éducation” ni d’autre facteurs tels que la forme de la tête. J’ai pu observer que les chiens à face plate (brachycéphales) avaient parfois du mal à communiquer certaines émotions (les babines pendantes sont très peu mobiles par exemple, les yeux “exorbités” peu expressifs) et que beaucoup d’entre eux cumulent les “handicapes” : queue et oreilles coupées, face aplatie moins expressive, éducation dure…
    Ceci étant il semble évident que le fouet joue un rôle important dans la communication canine, le docteur Bouvresse à réalisé sa thèse de doctorat sur ce sujet, elle peut être consultée sur internet : http://theses.vet-alfort.fr/telecharger.php?id=1225.
    Le rôle de la queue est d’autant plus important qu’elle est facilement observable par les humains sous tous les angles, alors que souvent les mimiques faciales nous échappent. Cependant il parait effectivement clair que la queue participe d’un tout, et que le message passe par d’autres canaux (visuels, sonores, olfactifs)

    Merci pour cet article.

    1. Je suis d’accord avec ce commentaire. Les chiens typés et surtout “hypertypés” sont surement aussi bridés dans la communication avec leurs congénères que les chiens avec la queue coupée, et c’est surement un facteur aggravant pour ces derniers… Merci pour le lien de la thèse du Dr Antoine Bouvresse, qui je précise est nouvellement diplômé en comportement animal 🙂

  4. Je suis aussi entièrement d’accord avec tout ces commentaires. On voit très bien les problèmes qui se posent avec avec les chiens hyper typés à qui on supprimé tout les moyens de communications par les mutilations diverses sous prétexte qu’ils sont plus beau ainsi. Malheureusement, ce n’est pas près de changer, ces pratiques sont encore bien ancrées.

  5. De plus, la queue sert également au chien pour se diriger et améliorer son équilibre.

    1. Pour se diriger ? C’est à dire ?

  6. Essayer de bien observer un chien qui cours comment il positionne et ensuite qui il amorce un virage serré, c’est édifiant, ça se passe de commentaire.

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